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dimanche 20 mai 2012
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Avion - Le Messerschmitt 109 sort du bois

Animation inhabituelle en ce samedi 4 novembre 2006 au lieu-dit le « Bois Monsieur ». Il y avait bien des chasseurs qui organisaient une battue dans le bois d’à côté, mais une grue et un tracteur non loin de là, suivis d’une cohorte de voitures au beau milieu d’une pâture, suscitaient la curiosité.

En effet, Pierre BEN, Président de l’association « Somme Aviation 39-45 » et une quinzaine de bénévoles ont envahi la pâture exploitée par M. Poirier pour effectuer des fouilles et récupérer les restes d’un avion allemand abattu au-dessus de Talmas, a priori en 1943.

M. Jean-Pierre DUCELLIER, historien doullennais, qui a déjà écrit plusieurs ouvrages sur les combats aériens dans le Nord de la France, était aussi présent sur les lieux. Avis de recherche

"Pierre BEN ( à gauche sur la photo) Président de l'Association Somme Aviation 39-45
L’association a eu vent de la présence de cet avion par Fabrice Fourdrain, qui passionné d’histoire et collectionneur d’objets des deux dernières guerres mondiales, participe occasionnellement aux travaux de fouilles entrepris par cette association dans la région.

Son père René Fourdrain lui avait raconté les différents combats d’avion dans le secteur.

Avec un membre de l’association, Fabrice et René Fourdrain sont allés voir Jean Lombard, agriculteur en retraite, qui a exploité la pâture où l’avion devait être tombé.

Tous les débris de l'avion sont rassemblés
Le trou était resté tel quel de nombreuses années après cet événement puis avait été comblé de terre.
Mais il ne fut pas difficile pour Jean Lombard de situer l’impact à quelques mètres près.
Ce premier repérage fait, l’association s’est engagée à effectuer les recherches en début novembre.

Les débris vont être nettoyés pour trouver des indices et permettre l'identification de l'avion
Commencées en début de matinée, les recherches ont permis de sortir de nombreux débris de cet avion allemand « un Messerschmitt 109 ». La grue ne fut pas de trop pour creuser à plus de quatre mètres de profondeur et sortir de ce trou la plus grosse pièce, c’est-à-dire le moteur de l’avion, récupéré aux 2/3.
Ferraille et pièces diverses ont été extraites, environ 200 kg.

Vers midi, tous les morceaux ont été rassemblés et feront l’objet d’un nettoyage méticuleux pour obtenir de ces débris quelques renseignements susceptibles d’identifier l’avion, la date exacte, le pilote etc.

L’association rassemble les débris de ces avions actuellement dans un hangar appartenant à l’un de ses membres et espère prochainement ouvrir au public un musée des avions retrouvés dans le département de la Somme.

Le moteur à plus de 4 m de profondeur
Cette association « Somme Aviation 39-45 » a pour but de répertorier les avions abattus dans le département au cours de la seconde guerre mondiale et de récupérer les débris, dans l’objectif, d’apporter des preuves matérielles de ces conflits et peut-être de les exposer au public dans un proche avenir.

Créée par des passionnés, elle a été officialisée en 2005. Le siège social est fixé à Warloy-Baillon et l’association compte une quinzaine d’adhérents.

« Il est plus facile à partir des archives de l’armée anglaise ou américaine de savoir exactement où leurs avions sont tombés pendant la seconde guerre mondiale.
Par contre, il n’existe quasiment plus de documents de l’armée allemande, pour la plupart détruits et ce n’est que par le bouche à oreille ou en rencontrant des gens qui ont vécu ces événements que l’on découvre de nouveaux appareils. » explique Pierre BEN

L'AVION SORT DE L'ANONYMAT

Les travaux de recherche ont duré toute la matinée
Après cette recherche sur le terrain, l'Association a entrepris dans les semaines qui ont suivi, d'autres investigations mais cette fois-ci à partir des archives.

Jean-Pierre DUCELLIER nous livre ci-dessous les conclusions de cette enquête.

LA CHUTE D'UN MESSERSCHMITT 109 A TALMAS EN 1943

"Ce samedi 4 novembre 2006, les membres de l'Association en compagnie de quelques habitants du village étaient sur place.

Plusieurs fragments d'aluminium et quelques pièces de cet avion seront alors progressivement retrouvés… en particulier une petite plaque avec l'inscription : "MESSERSCHMITT AG 109".

Il s'agissait donc bien de l'un de ces fameux chasseurs allemands que virent passer au-dessus de chez eux les Anciens de notre région.

Pierre BEN, entouré de quelques témoins du crash de cet avion en 1943
Parmi les débris, un morceau de train d'atterrissage, quelques petites pièces du moteur et même un morceau de capot du moteur de couleur jaune furent retrouvés.

Ces fameux "Nez jaunes" dont parlent les aviateurs anglais dans leurs rapports ! Les recherches au niveau des archives allemandes et britanniques permettront ensuite de dater ce combat aérien : ce combat a en effet eu lieu à la fin de la matinée du 19 août 1943.

Ce 19 août 1943, 36 B26 "Marauder" de la 8ème Air Force des USA attaquaient l'aérodrome d'Amiens/Glisy tandis que l'aérodrome de Poix était la cible d'autres bombardiers.

19 squadrons de chasseurs ("Typhoon" et "Spitfire" - 12 avions par squadron) un total donc d'environ 228 chasseurs de la RAF assuraient la protection générale de ces bombardiers.

Plusieurs combats allaient alors se dérouler dans notre ciel en particulier juste après le bombardement de Glisy par les B26 américains lorsque ces derniers prirent le chemin du retour.

Sur un morceau de tôle : une plaque avec les références de l'avion, un Messerschmitt 109
Au cours de ces combats, le pilote allemand du Messerschmitt 109 qui tomba ainsi à Talmas au cours de la mi-journée de ce 19 août 1943, victime de ces combats au-dessus de notre région avec les pilotes de la RAF, était le Lt Hans Joachim RIMARSKI.

Il faisait partie du 5ème Staffel de la JG 2 de la Luftwaffe. Son Messerschmitt 109 G6-R6 portait le n°28 blanc ainsi que le numéro d'immatriculation 19877.

D'autres chasseurs allemands furent également abattus au cours de ces combats dans notre région mais également des chasseurs anglais.

Ainsi, le F/O Prochnicki ("Spitfire" IX du Squadron 316) s'écrasa à Naours.
Le F.O. Dench (Squadron 182) sauta en parachute et son "Typhoon" s'écrasa non loin de Canaples.
Le F/O Fraylegh (Squadron 182) tenta un atterrissage d'urgence à Beauval mais son "Typhon" prit feu et l'infortuné pilote fut brûlé vif dans son cockpit."

Recherches effectuées par l'Association Somme-Aviation 39-45
Rapport : Jean-Pierre DUCELLIER


Le Messerchhmitt Bf 109 est un avion de chasse conçu dans les années 1930 par l'ingénieur allemand Willy Messerschmitt.

Cet avion de guerre détient le record d’exemplaires produits lors du second conflit mondial, environ 35000.
Dès le début de sa production, il fut engagé dans des opérations au cours de la guerre d'Espagne.

Il fut construit jusqu'en 1945 en de multiples versions baptisées par les lettres allant de A à K.

Celui retrouvé à Talmas est un Me 109 G6-R6 qui possédait :

Un moteur Daimler-benz DB 605 de 35,7 litres de cylindrée développant 1475 CV
Son armement était composé de :
- 2 mitrailleuses MG 131 de 13 mm sous le capot moteur
- 3 canons MG 151/20 dont un axial dans le moteur et deux en gondole sous les ailes

Longueur : 9,06 m
Envergure : 9,98m
Hauteur :3,60 m
Surface alaire : 16,36 m2
Poids à vide : 2 675 Kg
Poids en charge : 3 150 Kg
Poids en surcharge : 3 400 Kg Vitesse maximum à 4000m : 635km/h
Vitesse de croisière : 480 km/h
Autonomie maximum : 1 000 km
Vitesse ascensionnelle initiale : 950m/mn
Montée à/en : 3000m / 2mn 55s
Plafond pratique : 11 500 m

Un grand merci à M. Pierre BEN et aux membres de son association ainsi qu'à M. Jean-Pierre DUCELLIER pour leur disponibilité et pour avoir communiqué toutes ces informations qui permettent de garder en mémoire une page de notre histoire.

QUELQUES TEMOIGNAGES

RENE FOURDRAIN
"J’étais, au moment des faits, au Mont de Villers, dans les champs avec mon père. Nous ramassions des bottes d’avoine avec un chariot attelé de chevaux.
Nous sommes restés sur place et regardions les avions se pourchassaient.
Après la chute de l’avion, il y a eu beaucoup d’effervescence dans le village, les Allemands étaient particulièrement nerveux et circulaient beaucoup.
Nous ne sommes pas allés voir sur place, c’était trop dangereux."

JEAN LOMBARD
« Je me trouvais à l’intérieur de la maison où je suis toujours rue de la Ville. J’avais 18 ans. Nous entendions le bruit des combats d’avion au-dessus de Talmas. Puis, par hasard en regardant par la fenêtre, j’ai vu un avion allemand tomber en vrille avec une épaisse fumée.
J’ai eu l’impression qu’il tombait dans le village, en fait, il est tombé à quelques dizaines de mètres du hangar actuel de M. Poirier.
Dans les heures et jours qui ont suivi les Allemands ont interdit aux habitants de se rendre sur les lieux.
Comme j’ai exploité cette pâture pendant de nombreuses années, je me souvenais précisément de l’emplacement. »

CLOTAIRE MACQUE
"Ce devait être en août 1943 en début d'après-midi, j’avais alors 14 ans et je me trouvais dans la cour de la ferme, rue du Haut Bout. La bataille aérienne a duré plusieurs heures au-dessus du village.
Un avion allemand est tombé comme une masse. J’ai cru qu’il était tombé près du château d’eau. Il y avait un poste de garde tenu par les Allemands en haut du château d’eau.
Je sais que quelques personnes du village sont allées tout de suite sur place mais elles sont vite revenues à cause des avions qui mitraillaient.
Ce jour là, d’autres avions sont tombés à Naours et Beauval. J’ai une pâture juste à côté de l’endroit où l’avion est tombé, et pendant plusieurs années, j’ai ramassé des morceaux de ferraille de cet avion »

RAOUL DURSENT
« A ce moment-là, je me trouvais rue de la Ville avec mes deux chevaux qui tiraient un chariot. J’allais sur la route de Val de Maisons chercher une récolte.
Il y avait au-dessus du village un combat aérien entre de nombreux avions.
J’ai sauté rapidement du chariot pour tenir les chevaux qui commençaient à s’affoler avec les bruits des avions et des mitrailleuses. L’un des appareils est tombé en vrille vers la route Nationale.
Le calme revenu, nous sommes partis à plusieurs vers le Bois Monsieur où nous avons vu une partie des débris d’ailes et de carlingues éparpillés dans une pâture et un gros trou où devait être enterré le reste de l'avion.
Nous ne sommes pas restés très longtemps de peur que les Allemands n’arrivent. Dans les jours qui ont suivi les Allemands ont enlevé les débris. »



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